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Cinq plages presque secrètes du Var.

Loin de Pampelonne, des criques que l'on partage à voix basse. Et comment s'y rendre sans tout abîmer.

La rédaction 47SUN·Avril 2026·8 min
Cinq plages presque secrètes du Var.

Il y a un Var que les guides ne mentionnent pas. On y arrive à pied, par des sentiers qui sentent le pin chaud, l'immortelle et le ciste. On y reste peu — juste le temps d'une baignade, d'un livre, d'un déjeuner sorti d'un panier d'osier. Voici cinq adresses que l'on ne cite qu'à voix basse, avec un mode d'emploi simple et la prière de ne pas en faire trop de bruit.

Avant de commencer : aucune de ces plages n'a de paillote, de transat, de douche ou de poubelle. Apportez tout, repartez avec tout. Ce sont les conditions tacites du privilège.

Vue aérienne d'une crique secrète de la Côte d'Azur, eau turquoise et roches rouges
Var. Une eau qu'on n'avoue pas trop fort.

1. La crique de l'Escalet, Ramatuelle.

À vingt minutes de Ramatuelle, juste après le hameau de l'Escalet, un petit parking gravillonné (5 € la journée) marque le début du sentier du littoral. On descend pendant douze minutes entre les chênes-lièges et les pins parasols, jusqu'à une eau impossible — turquoise, transparente, fraîche même en août.

Y aller : tôt, avant huit heures, avec un café et un livre. Repartir avant midi : après, c'est une autre plage. Coordonnées GPS : 43.1828° N, 6.6572° E. Marée et vent : abritée du mistral, exposée au vent d'est. Évitez les jours de tramontane.

2. Cap Taillat, presqu'île de Saint-Tropez.

Une langue de sable étroite reliant le continent à un îlot. Deux plages dos à dos, deux mers différentes, deux ambiances. Pas de paillote, pas de transat, pas de musique. Un site protégé par le Conservatoire du Littoral depuis 1990 — on y entre comme dans une église.

Y aller : depuis le parking de Gigaro, comptez quarante-cinq minutes de marche par le sentier des douaniers. Belle balade en soi. Eau cristalline, fonds rocheux à l'est pour les masques et tubas. Apportez tout, repartez avec tout. C'est la règle non écrite — celle qui fait que ce paradis existe encore.

Sentier en pierre bordé de pins parasols descendant vers une mer turquoise
Le sentier. Tout le voyage tient dans la descente.

3. La plage de Gigaro, à l'aube — La Croix-Valmer.

Officielle, accessible en voiture, mais déserte avant huit heures du matin. C'est l'heure où la lumière est rasante, où la mer est plate comme une assiette, où l'on peut nager mille mètres vers les îles du Levant sans croiser personne. Les pêcheurs rentrent, les promeneurs ne sont pas encore levés, les paillotes dorment.

Y aller : arriver à six heures trente, garer la voiture face à l'hôtel La Pinède Plage, marcher cinq minutes vers la pointe ouest. Le café au village se prend après, à La Croix-Valmer, chez Le Café de France — ouvert dès sept heures, croissants tièdes, vue sur les vignes.

4. L'Île Verte, au large de La Ciotat.

Quinze minutes de bateau-navette depuis le vieux port de La Ciotat (10 € aller-retour, départ toutes les heures en haute saison). Une seule guinguette, des pins parasols centenaires, des plongeoirs aménagés dans les rochers comme dans les années soixante. Vue sur le bec de l'Aigle. C'est exactement la France d'avant que vous cherchez.

Y aller : réservez la dernière navette du retour (19h30 en juillet-août). Elle vous laisse le temps d'un coucher de soleil sur la falaise, qui prend feu pendant exactement onze minutes, du rouge au violet. Apportez un pull léger : il fait frais sur le retour en mer.

5. La calanque de Port d'Alon, Saint-Cyr-sur-Mer.

Entre Bandol et Saint-Cyr, une pinède qui descend en pente douce jusqu'à une eau verte. Parking gratuit à l'entrée du domaine, puis dix minutes de marche par un sentier ombragé. À l'arrivée, une plage de galets clairs, des rochers plats pour pique-niquer, et une eau d'une transparence rare grâce à l'absence de rivière.

Y aller : avec un sandwich tomate-mozzarella acheté à la boulangerie de Saint-Cyr, un livre, et une serviette épaisse (les galets sont durs). Restez jusqu'à la sieste sous un pin. C'est exactement ce que l'on cherche, et qu'on a si rarement.

Trois règles, pour que cela dure.

Premièrement : pas de musique. Le bruit de la mer suffit, et c'est précisément pour cela que vous êtes venu. Deuxièmement : aucun déchet. Pas un mégot, pas un bouchon, pas un papier. Si vous trouvez un déchet qui n'est pas le vôtre, ramassez-le quand même — c'est le tarif d'entrée.

Troisièmement, et c'est la plus importante : ne taguez pas ces lieux sur les réseaux sociaux. Ces criques survivent parce qu'elles sont peu connues. Une publication virale et c'est fini en deux étés. Si vous y allez, allez-y bien. Sans musique, sans cris, sans déchets, sans géolocalisation. La plus belle façon d'aimer un endroit, c'est de le laisser intact.

Le panier idéal.

Pour une journée parfaite : un grand panier en osier (le nôtre, modèle Pampelonne, fait l'affaire), une serviette en lin épais, un livre — Sagan, Modiano, ou Le Clézio —, un thermos de café, deux pêches blanches, un peu de pain de campagne, une tomate cœur de bœuf, un morceau de mozzarella di bufala, du sel de Camargue, une bouteille d'eau gazeuse fraîche, un chapeau de paille, des lunettes noires, et rien de plus. Surtout rien de plus.

Pique-nique sur des rochers face à la mer : panier d'osier, tomate, mozzarella, livre, eau gazeuse
Le panier. Tomate, mozzarella, un livre, l'eau qui pétille.

C'est en emportant peu qu'on rapporte beaucoup.

Texte

La rédaction 47SUN